Le vote unanime défavorable relatif à la réorganisation des fonctions « métiers » lors du CSA du 30 juin 2026 s’appuie d’une part sur le diagnostic des experts de Technologia sur les risques de la réorganisation et d’autre part sur les premiers retours d’expérience de la réorganisation des fonctions support. Le vote de la CFE-CGC a été particulièrement motivé par les retours inquiets de nos collègues de l’expertise et de la recherche ainsi que la forte surexposition des managers de proximité induite par la réorganisation.
Voici en quelques lignes les arguments qui nous ont menés à cette position
1. Une organisation complexe génératrice de risques
– Illisibilité et confusion : la CFE CGC dénonce une complexité opérationnelle mêlant trop de logiques de coordination. Le rapport de Technologia confirme ce besoin de clarification, soulignant des ambiguïtés sur la répartition des tâches, notamment entre le Directeur Technique (DT) et le Directeur Scientifique (DS).
– Le danger des « bureaux mixtes » : la création d’unités fusionnant expertise et décision est une source d’inquiétude majeure. La CFE CGC y voit une fragilisation des missions en particulier de celles des experts généralistes, tandis que le rapport de Technologia préconise des règles très strictes pour garantir l’indépendance de l’expertise au sein de ces unités.
2. La désorganisation liée à la « charge invisible »
Le rapport de Technologia met en lumière une désorganisation concrète induite par le nouveau modèle :
– Surcharge de coordination : la transversalité, bien que nécessaire, génère une charge invisible de réunions, de validations multiples et de partages d’informations souvent sous-estimée dans les plans d’activité.
– Perte de lisibilité opérationnelle : les personnels font face à une incertitude sur leurs rôles exacts (expert, instructeur ou décideur) et sur le statut de leurs contributions dans la décision finale.
3. La proportionnalité aux enjeux : le conflit de valeurs n’est pas une résistance
Le rapport souligne que les tensions exprimées, notamment sur l’arbitrage entre rigueur technique et accélération des délais industriels, ne doivent pas être interprétées comme des résistances au changement des personnels. Elles touchent au sens même du métier et à l’identité professionnelle des personnels qui se vivent comme les garants de la sûreté. Le dilemme qui découle de cette situation est un facteur de risque psychosocial puissant qui attaque la qualité du travail, et non une simple opposition au mouvement.
4. Le management comme « amortisseur » saturé
L’impact de la réorganisation est particulièrement visible chez les managers au niveau unité/bureau/service, désignés dans le rapport comme les « amortisseurs organisationnels » de la transformation. Ils doivent absorber les incertitudes du projet de réorganisation tout en maintenant la production, sans disposer de tous les outils de régulation nécessaires (outils de charge, marges d’arbitrage). Cette sur-responsabilisation sans moyens adéquats est le signe d’une défaillance organisationnelle plutôt que d’un manque de volonté managériale.
5. Les défis de l’indépendance et de la déontologie
Le nouveau statut d’Autorité Administrative Indépendante (AAI) transforme les métiers :
– La « prison professionnelle » : le renforcement des règles déontologiques (interdiction de 3 ans pour travailler chez un exploitant) est vécu comme un « piège » par les salariés, pesant sur l’attractivité de l’institution.
– Sanctuarisation de la recherche : pour éviter que la recherche ne devienne une variable d’ajustement budgétaire, le rapport de Technologia insiste sur la nécessité d’une stratégie à 10 ans et d’une parole institutionnelle unifiée via la Direction Scientifique.
En résumé, là où beaucoup de nos collègues en phase avec les représentants du personnel expriment une « perte de confiance » et une crainte pour la survie des collectifs de travail, le rapport Technologia permet d’apporter un éclairage factuel de nos inquiétudes et propose un plan d’action structuré pour sécuriser la transition. Cela inclut une communication transparente sur les nominations et un accompagnement RH de proximité pour traiter les irritants. Il propose une « méthodologie de régulation » par la clarification des rôles, la formation et la protection du temps long scientifique.
Certains éléments de réponses ont été apportés par l’administration lors de la séance CSA du 30 juin sans que cela aille suffisamment loin d’un point de vue opérationnel pour que la CFE-CGC ne modifie son vote. La CFE-CGC appelle par conséquent l’administration à prendre en compte de manière opérationnelle les préconisations conjointes portées de longue date par les représentants du personnel et qui font écho aux conclusions du rapport Technologia.
